De nombreux petits clignotants émotionnels se sont allumés devant une situation que vous ressentez comme une menace. Vous ne savez plus si vous êtes en colère, si vous avez peur ou honte et parfois vous êtes même un peu triste.
La jalousie est une émotion complexe, elle ne fait pas partie (à l’inverse de la colère) des Big Six de Darwin ou des émotions primaires identifiées par Ekman. Elle n’a pas une expression faciale universelle derrière laquelle se rassurer. Nous réagissons tous plus ou moins différemment à ce zèle (étymologie de jalousie = du latin zelosus lui-même tiré du grec zélos = ardeur, ferveur, désir intense) envers l’être aimé. Et le zèle n’est pas fondamentalement une mauvaise chose sauf quand il rend dépendant d’un désir possessif, intoxiqué (en Allemand le mot jalousie « eifersüchtig » est d’ailleurs construit à partir du mot eifer = zèle et de l’adjectif süchtig = intoxiqué).
Sait-on pourquoi nous sommes jaloux?
On peut avancer différentes théories.
- La biologie
On a pu observer chez certaines personnes jalouses un déficit en sérotonine ou un taux élevé d’œstrogène (plus particulièrement chez la femme).
Si on reconnaît un lien possible entre neurobiologie et jalousie, elle ne peut pas en être le seul élément explicatif. Ils existent forcément d’autres facteurs liés à des ressorts plus émotionnels. EN BREF « Le cerveau sûrement… mais surtout le cœur !!! ».
- Des racines psychologiques
La peur de la solitude et de l’abandon légitime chez le petit enfant sont des peurs que va conserver à des degrés différents l’adulte. La jalousie devient chez l’adulte un moyen d’exprimer cette peur de l’abandon et de la solitude.
- Un héritage génétique : l’approche des évolutionnistes
L’homme préhistorique dans un environnement difficile où il doit mobiliser son énergie pour assurer sa survie et celle de sa descendance ne veut pas prendre le risque d’avoir à nourrir des enfants illégitimes. En même temps il doit garder un potentiel reproductif élevé pour assurer la survie de l’espèce (tendance à avoir plusieurs partenaires). La femme préhistorique elle craint de se retrouver sans nourriture si l’homme la délaisse. Une approche tout de même un peu machiste !!!!!
- Le culturalisme
La jalousie se développe et s’exprime sous des formes variables selon l’éducation que l’on reçoit et le groupe social auquel on appartient.
Mais en fait aucune de ces approches n’est à elle seule satisfaisante. En fait la jalousie se développe à partir d’un socle commun auquel viennent s’ajouter des mécanismes inconscients, votre éducation et votre expérience personnelle.
La jalousie est une émotion aux multiples visages
Elle prend des formes différentes : Par exemple, la jalousie due à un amour non réciproque ou la jalousie suscitée par le soupçon d’un amour qui n’existe pas ou encore la jalousie suscitée par un comportement léger, la jalousie due à une relation platonique. La jalousie rétrospective (on est jaloux des relations passées de l’autre) et non pas suscitée par un danger immédiat ou par un futur fantasmé…..etc, etc……
Elle s’exprime de manières différentes.
Selon la personnalité de la personne jalouse mais également de celle du partenaire
Selon le sexe : Les femmes ont tendance à être plus jalouses de l’apparence physique d’une rivale. Elles sont plutôt sensibles à la trahison sentimentale.Les hommes sont plutôt jaloux du potentiel social de leur rival. Ils sont plutôt sensibles à la trahison sexuelle. Les réactions ont néanmoins tendance à s’uniformiser (notamment avec l’évolution du rôle de la femme dans la société)
Selon la culture et notamment en fonction de la place de la sexualité dans une société
Son intensité est variable. L’intensité de la jalousie dépend de trois facteurs:
L’engagement dans la relation en termes de dépendance affective et d’espoir pour l’avenir
La perception de l’engagement de l’autre et donc du niveau d’insécurité dans la relation
La capacité individuelle à ressentir les émotions.
Virginie Volterra neuropsychologue italienne a proposé en 2003 la classification suivante :
- Une jalousie normale : « ce petite piquant qui nous effleure parce qu’on a envie de garder près de nous l’être aimé »
- Une jalousie qui implique des contrôles continus (qui nous pousse à surveiller incognito par les petites fenêtres, les jalousies)
- Une jalousie obsessionnelle provoquée par une projection de notre propre infidélité ainsi que de notre manque de confiance en soi
- Une jalousie délirante née de notre seule imagination
Elle s’appuie probablement sur la classification en 3 degrés de Freud :
- La jalousie normale ou concurrentielle que Freud relie à la peur de perdre le sein maternel chez l’enfant
- Une jalousie projetée : celle de sa propre infidélité
- Une jalousie délirante :liée à la dénégation de sa propre homosexualité.
Finalement qu’est-ce qu’on peut dire aujourd’hui de la jalousie ?
C’est une émotion complexe, multifacettes
C’est une émotion qui a une image négative. Dans un couple elle est le premier mobile d’actes délictueux voire criminels.
Elle est décrite tout à la fois comme preuve d’amour et preuve de désamour
Elle est étroitement liée à notre vision de la fidélité, à l’image du couple, de la famille, du sexe qui s’est considérablement modifiée.
Nous sommes très nombreux à vivre avec.25% des personnes se disent très jalouses et 45% jalouses. Ces chiffres sont probablement inférieurs à la réalité car il n’est jamais facile d’avouer sa jalousie ni même de se l’avouer à soi-même.
Mais c’est une émotion normale, naturelle, qui fait partie de l’équipement psychologique de l’être humain. Comme toute émotion il est important de pouvoir :
L’intégrer et non pas la nier
L’exprimer : pour l’expliquer à l’autre, mieux la comprendre soi-même, mieux comprendre celle de l’autre
S’interroger : sur des événements liés à l’enfance, des ruptures du passé responsables de certaines peurs , sur la confiance en soi, sa confiance en l’autre, l’estime de soi (faible ou également trop)
L’utiliser au mieux pour nourrir sa vie amoureuse
Mes conseils de lecture
La jalousie – Willy Pasini
La force des émotions – François Lelord, Christophe André
[...] Les êtres humains sont naturellement enclins à rechercher l’amour, l’éducation et l’émancipation personnelle. Ils naissent dans un environnement empli d’amour et cherchent constamment tout au long de leur vie la dose de confort et de sérénité qui découle de la prise de conscience qu’ils sont aimés, ou plus simplement, admirés. Les humains ont besoin d’amour et l’amour, à l’instar de tout épiphénomène social, a besoin d’eux. L’amour est, dans ce cas, un épiphénomène car c’est un sous-produit d’autres formes d’interaction humaine, de conciliation et de réconciliation. Dans cette recherche de confort utopique, ou d’idolâtrie irrévocable, nous sommes prêts à agir et réagir instinctivement pour protéger ou maintenir ce statu quo. Dans toutes les étapes de l’aventure humaine, ce besoin d’une attention particulière est prééminent. Pensez aux bébés cherchant frénétiquement l’attention de leurs parents ou à des adultes exposant des comportements extraordinaires pour montrer leur jalousie. [...]