Vous n’aimez pas faire de critique, vous redoutez de prendre la parole en public, rencontrer une nouvelle personne vous impressionne, et que dire de l’angoisse que vous ressentez avant un entretien d’embauche par exemple.
Et oui tous les jours nous sommes soumis au regard des autres, et à l’évaluation supposée d’une ou d’un groupe de personnes.
Et ça nous fait peur. Notre pouls s’accélère, nos jambes tremblent, on a un nœud à l’estomac, la gorge sèche, on rougit parfois. Nos gestes ne sont plus très naturels, on a envie de se faire tout petit ou au contraire d’en rajouter.
Nos réactions physiques sont extrêmement variées, nos modes de pensées plus ou moins perturbés.
Comme l’écrivait Montesquieu « ma timidité semblait obscurcir jusqu’à mes organes, lier ma langue, mettre un nuage sur mes pensées, déranger mes expressions »
On sait bien que c’est irrationnel, absurde, ça nous énerve même parfois, mais nous n’arrivons pas à nous contrôler.
De toutes nos peurs, celle que nous avons de nos semblables est probablement la plus répandue. Ses formes sont multiples et on l’éprouve dans de nombreuses situations sociales.
Cette peur des autres a longtemps été associée à de la timidité dans le sens du mot qui s’est généralisé à partir du XVIIème siècle : craintes, appréhension, manque d’assurance, discrétion dans les relations sociales. La timidité en est ainsi venue à désigner tous types d’embarras qu’il est possible de ressentir en présence d’autrui.
Or elle peut recouvrir diverses formes, s’exprimer à des degrés différents. Les médecins et les psychologues lui préfèrent aujourd’hui le terme « d’anxiété sociale » qu’ils définissent comme « la peur persistante d’une ou plusieurs situations dans lesquelles une personne est susceptible d’être observée et jugée par autrui et craint, alors qu’elle souhaite produire une impression favorable, d’agir de façon humiliante ou embarrassante. L’anxiété sociale est donc très intimement liée au regard que les autres portent sur nous et se trouve finalement au coeur de la nature humaine et de la relation avec nos semblables »
Ce n’est pas pour rien que 80% des gens disent l’avoir déjà ressenti ou la ressente assez régulièrement.
Pourquoi éprouvons-nous cette anxiété ?
- · Des facteurs génétiques, biologiques : un des chercheurs les plus avancés en la matière, Jérôme Kagan, de l’université de Harvard, soutient qu’environ 15 à 20 % des enfants, de race blanche, naissent avec un profil neurochimique les prédisposant aux manifestations d’inhibition comportementale d’anxiété sociale associées à la timidité.
- · Un mécanisme de protection : vers l’âge de huit à dix mois, le petit enfant présente des réactions anxieuses normales lorsqu’il est séparé de sa mère ou lorsqu’il est en présence d’un adulte étranger. C’est à cet âge que les capacités de locomotion et de déplacement de l’enfant se développent. Ce type d’anxiété pourrait avoir pour fonction de préserver l’enfant d’un excès d’intrépidité. Les signaux de sécurité seraient associés à la présence de la mère, tandis que les signaux de danger seraient activés par l’inconnu.
- · L’éducation : des parents trop protecteurs ou trop stricts par exemple
- · La culture : par exemple chez les asiatiques, l’anxiété sociale provient de la crainte de gêner autrui alors que pour les occidentaux, c’est la peur d’être ridicule qui l’emporte
- · L’histoire et l’expérience individuelle.
Tous ces éléments peuvent s’entremêler dans l’anxiété sociale mais à des degrés divers.
C’est pourquoi il faut faire une distinction entre une anxiété normale et bénigne, parfois même stimulante et une anxiété sévère et pathologique entrainant de véritables difficultés de sociabilisation.
Les différents degrés d’anxiété sociale
- Le trac : c’est une appréhension, une sensation d’inconfort que l’on ressent avant une performance à exécuter devant un public. L’émotion est intense : mais brève. Le trac disparaît en effet avec l’action. Le trac est un phénomène normal, presque universel. Dans un sondage Ifop de 1993 sur “les peurs des Français”, 51% environ des personnes interrogées mentionnent spontanément la crainte de parler en public comme une de leur principale peur. Même des artistes avouent avoir toujours le trac après plus de 20 ans de carrière
- L’intimidation : c’est un malaise ressenti dans certaines situations en présence de personnes que l’on juge impressionnantes et qui nous prive momentanément de l’aisance que nous avons dans un environnement plus familier. Une crise d’intimidation peut être plus ou moins intense, mais elle est toujours passagère.
- La timidité : c’est une anxiété sociale supérieure à la moyenne, durable et chronique. Elle est marquée par une tendance prononcée à se tenir en retrait et à éviter de prendre l’initiative dans de nombreuses situations sociales, mais n’exclut pas des capacités à s’adapter.
En effet le timide redoute particulièrement les premières fois et son angoisse s’apaise en général au fil des rencontres. Il se comporte d’ailleurs normalement dans un milieu familier. C’est pourquoi certains enfants ou certaines personnes sont timides à l’insu de leur entourage proche.
Cette capacité d’adaptation fait que la timidité ne peut pas être considérée comme une maladie. Mais le mal-être qu’elle engendre mérite qu’elle soit prise au sérieux. Elle peut en effet devenir un véritable handicap dans la vie professionnelle, la vie sentimentale et conduire à des troubles psychologiques plus graves (dépression, dépendance..)
De façon générale, il semble que l’apparition de la timidité soit assez précoce dans l’enfance ou même la petite enfance. Il est fréquent qu’elle puisse s’atténuer voir disparaître au fur et à mesure des rencontres et des expériences.
Les personnes timides sont souvent appréciées pour différentes qualités : discrétion, sensibilité, sens de l’observation, disponibilité, sens critique, capacité d’analyse. D’ailleurs avant le XVIIème siècle, la timidité construit sur timoré du latin « timoratus :qui craint Dieu » était une qualité, désignant une âme scrupuleuse et désireuse d’éviter le mal par la crainte légitime de Dieu.
Et comme le souligne la psychologue Odile Kerjean dans son livre «Nos meilleurs défauts », les timides sont souvent des personnes courageuses qui «bravent les dangers réels et ne redoutent que les périls issus de leur imagination. Quand ils se jettent à l’eau, ils vont plus vite, plus loin»
- La personnalité évitante : c’est une timidité maladive ou pathologique qui pousse une personne à éviter les situations sociales qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d’être critiquée ou rejetée.
- La phobie sociale
Lorsque l’anxiété sociale atteint une intensité extrême, ponctuée d’attaques de panique complètement disproportionnées par rapport au danger réel, on parle de phobie sociale. Elle perturbe de façon importante l’ensemble des activités et des relations de l’individu et s’accompagne d’un sentiment de souffrance important. La personne atteinte de phobie sociale reconnaît la nature excessive ou irrationnelle de ses craintes. Elle vit sa phobie dans la honte (je ne suis pas normale…) et dans la résignation (je suis comme ça…).
Chaque fois que c’est possible elle fuit et finit même par croire que, s’il n’avait pas évité la situation, le pire se serait certainement produit.
La phobie sociale concerne près de 2 à 4% de la population générale. Elle représente la troisième pathologie mentale, après la dépression et l’alcoolisme. En France un à deux millions de personnes en souffrent. Contrairement à d’autres modes de souffrance psychologique, la phobie sociale ne conduit pas à des comportements spectaculaires mais à même plutôt tendance à passer inaperçue.
CONTEXTUALISATION :
En étudiant les situations les plus redoutées par les personnes phobiques, les médecins et chercheurs essaient d’expliquer comment, dans certaines situations nous nous sentons gênés ou mal à l’aise même si nous ne sommes pas à priori de grands timides. Christophe André et Patrick Legeron dans leur livre « La peur des autres », nous font part de leurs conclusions.
Quatre grandes situations sociales correspondant à une peur particulière ont été identifiées :
- · La peur d’échouer. Elle concerne les situations où il faut accomplir une prestation ou une performance sous le regard d’autrui : parler en public, passer un examen, rencontrer une personne importante. Une situation où nous devons nous montrer à la hauteur.
- · La peur de se dévoiler. Elle concerne les situations d’échanges et de contact : rencontrer de nouvelles personnes, approfondir une relation, exprimer des sentiments. Le risque est de paraître inintéressant, mal jugé, pas apprécié.
- · La peur des réactions de l’autre (ou la peur de s’affirmer). Elle concerne les situations où il faut s’affirmer : demander un service, émettre une critique, dire non, exprimer un besoin.
- · La peur du regard d’autrui. Elle concerne les situations où l’action se déroule sous le regard de l’autre. Une situation où nous devons nous montrer à l’aise.
La plupart de ces peurs peuvent se maîtriser :
- en travaillant sur nos discours intérieurs, en identifiant nos perceptions ou nos croyances erronées et en améliorant notre estime de soi
- en développant nos habiletés sociales (notre affirmation de soi) nous pouvons améliorer notre confiance soi et diminuer notre anxiété
L’anxiété sociale n’est pas non plus à proscrire. Une bouffée d’adrénaline est toujours bonne à inhaler. Lorsqu’elle est présente sans être excessive, l’anxiété stimule et nous permet souvent de nous dépasser. Nous ne devons donc pas chercher à ne ressentir aucune nervosité mais plutôt chercher à garder un bon contrôle sur soi.
MES CONSEILS DE LECTURE
L’Education d’une émotion – Bernard Jolibert
La peur des autres – Christophe André, Patrick Légeron